24 mai 1846

« 24 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 83-84 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1815, page consultée le 03 mai 2026.

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Bonjour mon doux aimé, bonjour mon cher petit homme adoré, bonjour. Je t’aime, je pense à toi, je t’attends et je t’espère malgré le peu d’espoir que tu m’aies laissé hier en me quittant. J’ai envoyé chercher le médecin ce matin pour savoir comment appliquer le traitement. Il ne suffit pas de savoir qu’il faut boire de l’eau de Bussang1 mêlée d’eau simple et prendre des pilulesa plus ou moins. Encore faut-il savoir la quantité et les distances dans lesquelles on doit les administrer. Du reste, la pauvre enfant n’a pas fermé l’œil de la nuit et par contrecoup Suzanne et moi nous nous sommes levées d’heure en heure. Ce matin elle se plaint beaucoup. Je voudrais que le médecin et Eugénie fussent arrivés pour essayer de la soulager. La journée se prépare aussi tristement que toutes les autres et plus encore puisque je suis menacée de ne pas te voir. Je fais ce que je peux pour me redonner du courage mais la chose est assez difficile quand on manque du principal élément qui pourrait nous en donner. Je ne veux pas m’appesantir là-dessus parce qu’au lieu de courage ce serait du désespoir que j’y trouverais. J’aime mieux croire le plus possible que tu trouveras le temps de venir tantôt et puis je te baise et puis je t’adore de toutes mes forces, de tout mon cœur et de toute mon âme.

Juliette


Notes

1 Eau minérale provenant de Bussang, petite commune des Vosges, prescrite par les médecins pour ses propriétés curatives.

Notes manuscriptologiques

a « pillules ».


« 24 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 85-86], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1815, page consultée le 03 mai 2026.

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Mon bien-aimé, j’espère encore que tu viendras. Je l’espère, je l’espère, je l’espère. Pendant ce temps-là je tâche de tromper l’impatience de mon cœur en m’occupant sans cesse de ma fille. Je l’ai levée déjà une fois, je lui aia fait sucer une côteletteb de force. Je vais la lever encore tout à l’heure et ce soir je lui ferai remanger une autre côtelette et boire du vin de Bordeaux1. Du reste, c’est par ordre du médecin qui m’a dit que M. Louis affirmait que c’était la seule chance de salut que nous avions en lui faisant prendre sous la plus petite forme possible les aliments les plus toniques et les plus substantiels, très salés, la lever de force le plus possible. Toutes ces choses en apparence si faciles ne sont rien moins qu’exécutables par le peu de bonne volonté et de courage de cette malheureuse enfant. Cependant je m’y obstinerai en dépit de toute sa répugnance. Mon Victor adoré, que je te voie aujourd’hui, ne fût-ce qu’une minute, et je serai la plus récompensée et la plus heureuse des femmes car ta présence répand le bonheur partout où tu es. Je t’attends mon amour chéri, je te désire, je t’adore. Je voudrais être une âme pour aller au devant de toi.

Juliette


Notes

1 Dans une lettre que Douglas Siler date de « peu après le 23 mai 1846 », James Pradier écrit à sa fille : « Courage, ma chère bonne Claire, prends le dessus. La volonté est pour beaucoup, et puis un joli voyage achèvera de te remettre belle et forte. Je t’envoie un peu de bordeaux. Avale-le ainsi qu’un peu de bon air. Marche, va au soleil quand tu le pourras. Comme toi je me suis fait porter aussi. Demain j’irai te voir et t’embrasser si tu as été sage. J’ai toujours le modèle et suis toujours un peu en arrière. Adieu, toute bonne fille. J. Pradier » (Douglas Siler, ouvrage cité, t. III, p. 297). Pradier suit ainsi la recommandation du docteur Louis, qui avait recommandé un peu de bordeaux.

Notes manuscriptologiques

a « ait ».

b « cotellette ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.

  • 28 marsCrise nerveuse de Claire.
  • 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
  • 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
  • 21 juinMort de Claire Pradier.
  • 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
  • Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
  • 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
  • 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
  • 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.